La réception d’une mise en demeure de l’URSSAF constitue un moment charnière dans le cadre d’un contrôle. Cette étape marque la fin de la phase contradictoire et ouvre des délais de recours particulièrement stricts. Une réaction mal calibrée ou tardive peut rendre le redressement définitif et engager des procédures de recouvrement.
En pratique, plusieurs options s’offrent à l’employeur. Encore faut-il agir vite et avec méthode.
1. La contestation devant la commission de recours amiable
a) Un préalable obligatoire
La contestation d’une mise en demeure URSSAF doit obligatoirement être portée devant la commission de recours amiable (CRA). Ce recours constitue un préalable obligatoire avant toute action contentieuse. À défaut, une éventuelle contestation devant le pôle social du tribunal judiciaire sera irrecevable.
L’employeur dispose d’un délai de deux mois à compter de la notification de la mise en demeure pour saisir la CRA.
Dans le prolongement du contrôle, l’URSSAF peut également notifier des observations pour l’avenir, sous la forme d’une décision administrative intitulée «confirmation d’observations ». Cette décision est distincte de la lettre d’observations initiale et de la réponse de l’inspecteur aux observations de l’employeur. Elle peut, elle aussi, être contestée devant la CRA dans le même délai de deux mois.
b) Une étape stratégique et déterminante pour la suite
La phase devant la CRA est déterminante : c’est à ce stade que se structure l’argumentaire juridique, qui servira ensuite en cas de contentieux.
Cet argumentaire s’inscrit dans la continuité de la phase contradictoire : il s’appuie à la fois sur les observations formulées par le cotisant en réponse à la lettre d’observations, mais aussi sur l’analyse critique des réponses apportées par l’inspecteur. Il s’agit ainsi de consolider la position de l’entreprise en reprenant, point par point, les chefs de redressement contestés et en répondant aux arguments avancés par l’URSSAF pour refuser d’abandonner le redressement.
2. Le paiement de la mise en demeure et la question des majorations de retard
En parallèle d’une éventuelle contestation, il est conseillé de régler la mise en demeure afin d’éviter que les majorations de retard ne continuent à courir.
Le règlement de la mise en demeure ouvre par ailleurs la possibilité de solliciter une remise des majorations de retard.
Cette demande de remise ne peut, en effet, être formulée qu’après paiement intégral des cotisations ayant donné lieu à majorations. En pratique, cela signifie que le principal doit être réglé.
Il convient d’être particulièrement attentif aux délais : pour espérer obtenir une remise des majorations de retard, la mise en demeure doit être réglée dans un délai d’un mois à compter de sa réception.
3. Les suites de la procédure
Une fois la CRA saisie, celle-ci dispose d’un délai de deux mois pour rendre sa décision. À défaut de réponse dans ce délai, la réclamation est réputée rejetée : on parle alors de décision implicite de rejet.
Qu’il s’agisse d’une décision explicite ou implicite, le rejet de la CRA peut être contesté devant le pôle social du tribunal judiciaire dans un délai de deux mois.
En pratique, la CRA adresse généralement un accusé de réception mentionnant les voies et délais de recours en cas de décision implicite.
Point de vigilance : il est vivement recommandé de surveiller à la fois le courrier postal et l’espace cotisant en ligne afin de sécuriser les délais.
4. Les délais à maîtriser
Plusieurs délais doivent être gardés à l’esprit :
- la contestation de la mise en demeure et des observations pour l’avenir devant la CRA doit intervenir dans les deux mois de leur notification ;
- la demande de remise des majorations de retard suppose un paiement dans le délai d’un mois suivant la réception de la mise en demeure ;
- l’absence de réponse de la CRA dans les deux mois suivant la réception du recours fait naître une décision implicite de rejet ;
- la saisine du tribunal judiciaire doit intervenir dans les deux mois suivant la décision explicite de la CRA ou la naissance de la décision implicite.
La maîtrise de ce calendrier est essentielle pour préserver les droits de l’employeur.
5. Points de vigilance pratiques
Au-delà des aspects juridiques, certains réflexes opérationnels sont essentiels.
Il est recommandé d’identifier un signataire disposant des pouvoirs nécessaires pour engager l’entreprise dans le cadre du recours.
Il est également indispensable de conserver une copie complète, numérique, du recours et de l’ensemble des pièces transmises, en prévision d’une éventuelle procédure devant le tribunal judiciaire.
Enfin, lorsque la CRA ne répond pas dans le délai de deux mois, il est impératif de noter précisément la date de naissance de la décision implicite de rejet si l’employeur souhaite saisir le tribunal sans attendre une décision expresse.
Conclusion : anticiper pour sécuriser le risque URSSAF
La phase postérieure à la mise en demeure est une étape stratégique. C’est à ce moment que se déterminent les marges de négociation, les arguments juridiques et, in fine, le coût final du contrôle.
Un accompagnement structuré permet, dans de nombreux dossiers, de sécuriser la procédure et de limiter significativement l’impact financier du redressement.
L’assistance d’un conseil expérimenté en matière de contrôle URSSAF est souvent déterminante à ce stade.
Maître Alexandra Dabrowiecki accompagne les entreprises notamment pour :
- la rédaction de l’argumentaire juridique dans le cadre de la saisine de la CRA, avec une analyse des risques en cas de refus et des suites contentieuses éventuelles ;
- la préparation des demandes de remise de majorations de retard.



